Concert du  11 octobre 2019, médiation par Olivier Delaunay

Quatuor à cordes

Bonjour à tous ! 

Au St Pierre ce midi : 

Do, Mi, Sol, Do. Soprane, Alto, Ténor, Basse. Dans ces deux octaves au centre de la voix humaine se trouve renfermé le coeur du spectre sonore et harmonique de la musique classique européenne. 

Bien avant les orchestres à 200 musiciens de Gustav Mahler, bien avant les expériences acoustiques de Pierre Boulez, quand la musique était attachée à ses servitudes artistiques, quand les musiciens dépendaient exclusivement de leurs bienfaiteurs, les instruments avaient essentiellement pour fonction de doubler la voix humaine. C’est bien connu, les chanteurs sont des billes en solfège, il ont donc souvent (pour ne pas dire toujours) eu besoin de renfort pour étayer justesse et précision rythmique. 

C’est ainsi qu’est produite, au milieu du XVIème siècle, l’idée d’un ensemble de musiciens qui reproduirait fidèlement l’ambitus des ensembles vocaux. Aux deux violons la charge de soutenir les voix aiguës, l’alto pour le ténor et le violoncelle (alors viole de gambe) pour la basse. Le Quatuor était né, et c‘est un événement majeur dans l’histoire de la musique. Pourquoi ?

Parce qu’une fois le concert terminé et les chanteurs partis à la taverne du coin, les musiciens se retrouvaient entre eux et pouvaient enfin se laisser aller à construire des fantaisies musicales sur les airs qu’ils avaient accompagnés ! Il faut bien le dire, les doigts agiles d’un violoniste permettent un peu plus de virtuosité qu’un pupitre de 10 chanteurs occupés à dire la messe. Ainsi, au fil des années, le quatuor à cordes tel qu’on le connaît aujourd’hui a pris forme, jusqu’à ce qu’il s’impose comme LA forme instrumentale au XVIIIème siècle. 

Les compositeurs adoraient ce genre particulier (Haydn en a écrit 83), justement parce que dans son ADN il renferme les caractéristiques de la voix humaine. Il permet donc facilement de tirer de l’association des timbres et des hauteurs différentes, une musique qui va à l’essentiel et qui permet de tout faire. Ce que la lourdeur d’une symphonie pour orchestre ne permet pas et la solitude d’une sonate encore moins. Le quatuor à cordes c’est un peu la voiture de sport du compositeur : c’est avec ça qu’on frime le mieux ! 

Voilà donc qui nous amène à ce frimeur de Beethoven, dernier des Classiques et premier des Romantiques, au tout début du XIXème siècle, avec ce monumental Quatuor opus 59 n°2.

On est 1806. Pour le grand Ludwig ça gaze ! C’est l’année de sa symphonie n°4 et de son génial concerto pour violon en Ré majeur. Son audition le fuit de plus en plus mais le succès le gagne. Le succès, et donc : l’argent. Les mécènes viennois se bousculent pour lui commander des oeuvres. Certains viennent de très loin, comme ce comte russe Andrei Razumovski, dont l’oeuvre que vous allez entendre porte le nom en dédicace. Parce que quand on est mécène, on aime bien le faire savoir ! Beethoven va même plus loin dans la promotion du bienfaiteur puisqu’il introduit dans le coeur de son oeuvre, le troisième mouvement, un thème populaire russe. Avant ça, il y aura eu le deuxième mouvement, langoureux, contemplatif. Une respiration que le compositeur polonais Karl Czesny comparait à “une méditation sur l’harmonie des sphères, devant le ciel étoilé dans le silence de la nuit”. Voilà voilà…

Et pour vous amener devant ce ciel étoilé, les musiciens d’une des constellations les plus connues de la galaxie bordelaise, le Quatuor Prométhée ! 

Prométhée, premier des capricieux, a offert le feu divin aux hommes, ses quatre musiciens adorateurs vont réchauffer l’atmosphère, et les voici : 

On raconte que c’est lui qui a donné son nom à ce quatuor, quand une fois, en jouant tellement vite et furieusement des étincelles sont sorties de son archer et ont littéralement mis le feu à la salle : Renaud Largillier ! 

Le petit bois d’ébène sans qui jamais l’étincelle ne s’enflamme : Laurence Escande ! 

C’est bien connu, un feu ne prend jamais sans une grande bouffée d’oxygène. C’est celui des puissants typhons de son Japon natal qu’elle nous amène ce midi : Leiko Ikehata !

Et enfin le violoncelle, la plus grosse de nos quatre bûches enflammées qui réchauffent les Nuits d’été de son arrière arrière arrière arrière grand-père : Claire Berlioz !

Bon appétit, et bon concert !

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