Concert du  7 juin 2019, médiation par Olivier Delaunay

Duo de harpe

Au St Pierre ce midi,

Récemment, qui a regardé les infos, branché son poste aux heures de grandes écoute à forcément entendu parler des racines de notre civilisation, française, européenne, occidentale. 

Et là vous vous dites: “dans quoi on s’est embarqué…”

Rassurez-vous , nous aux Caprices, on s’inquiète pas trop avec la politique, terrain délicat, sables mouvants, sujet qui fâche. Et puis vous n’êtes pas venus à un meeting, vous êtes venus à un concert, non ?

 

En revanche, dans cette histoire de racine, permettez-nous d’y plonger rapidement, de dire un mot des deux belles plantes qui vont bientôt pousser sur la scène du Zinc, et de leurs drôles d’engins qui sont derrière moi…

 

La légende raconte qu’un jour, hier ou avant-hier je ne sais plus, Hermès et Apollon (les dieux grecs, pas les chiens de Marianne…) se baladaient dans les champs de leur Olympe natal. Hermès, petit dernier farceur a profité de l’inattention de son grand frère pour filer à la grecque dans la forêt avec les boeufs d’Admète, le jardinier de papa. Content de son mauvais coup, mais certain de se faire tirer les oreilles et confisquer ses sandales, il invente une façon d’échapper à la punition.

 

Il trouve une carapace de tortue, et la frappe. Toc toc ? Ça résonne! 

 

Il ramasse des boyaux de brebis, et les pince. Dzing dzing ? Ça vibre !

 

“Eh toi, le boeuf, viens là ! Fais voir tes cornes…. Merci !”

 

La Lyre était née. Il l’offre à son frère Apollon, ravi de trouver un nouveau moyen de draguer les nymphes qui l’offrira plus tard aux Hommes. 

 

Ouf, sauvé! La musique adoucit les moeurs, n’est-ce pas petit frère ?

 

Une invention du messager des dieux. Voilà comment les Grecs anciens, toujours à la recherche d’histoires pour comprendre le monde expliquaient la drôle de vibration dans l’air qui rentre par nos tympans, ne sait pas ressortir et reste, comme une empreinte muette au fond du corps qui marque pour la vie. 

 

La parole des dieux mise en onde, voilà la seule explication possible à ce miracle.

 

La harpe, instrument à cordes pincées est la descendante directe de l’invention d’Hermès, à peine améliorée par 20 siècles d’Histoire et par les générations d’aèdes, de troubadours, de gros, de conteurs, de musiciens ET de musiciennes. Parce que c’est bien connu, la harpe c’est pour les filles …

Permettez-moi donc de vous présenter les deux nymphes chargées de porter le message des dieux pour vous ce midi. Elles jouent divinement bien et croyez-moi vous allez en pincer pour elles: Daphné de Driesen et  Lucie Garnier!

 

Commençons tout de suite par notre premier dieu musicien: 

le forgeron Jean-Sébastien-Héphaïstos Bach.

 

Le bâtisseur célébrissime. Bach le fertile, l’ingénieux, toujours en quête d’édifices complexes à offrir aux Hommes, de cathédrales de son scientifiquement agencés. Poète à la précision chirurgicale, redoutable à jouer. Le chouchou des dieux de notre Olympe à nous. On raconte que c’est en écoutant une de ses fugues qu’Hermès eu l’idée de faire la sienne.

Mais le forgeron a un coeur, et pour séduire la belle Aphrodyte il est aussi capable de bijoux finement ciselés, comme cette gavotte en sol Mineur, pour commencer le concert.

 

Poursuivons avec un maître dieu de l’orgue, autre instrument de communication avec l’éternité, chrétienne cette fois-ci. Il a toujours un bon tuyau et ne manque pas d’air: César-Éole Franck.

 

Notre dieu Français du vent.

 

On dit qu’il a soufflé bien des idées à ses collègues français du XIXème. Véritable courant d’air qui s’engouffrait dans toutes les portes ouvertes, il a profité de son talent précoce pour balayer les formes classiques et faire changer d’air une musique française un peu à bout de souffle après le passage de la tempête Berlioz.

Il était perché, César Franck. Perché là-haut à la tribune de son orgue chéri d’où il nous a fait parvenir ce Prélude, thème et variations, composé en 1884, à la fin de sa vie, ici arrangé pour deux harpes.  

 

Permettez-nous maintenant d’emprunter à nos cousins latins le nom de notre prochain dieu, personnalité complexe aux multiples visages:

Maurice-Janus Ravel

 

Dieu du changement, qui regarde dans toutes les directions. Si vous êtes perdus, ne lui demandez pas votre chemin…

À l’Orient il a emprunté le raffinement et le fantasme de l’univers lointain, à l’Occident l’énergie foisonnante des nouvelles harmonies du début du XXème siècle, du jazz américain et de la belle époque française. Fossoyeur du vieux romantisme à l’européenne, on aurait aussi bien pu l’appeler Hadès, mais c’est bien ce double regard qui en fait un compositeur à part. Double regard dans l’espace mais aussi dans le temps, comme en témoigne ce Tombeau de Couperin, pièce d’abord conçue pour piano qui a un oeil tourné vers le passé, celui des grandes suites de danses du XVIIIème chères à François Couperin (Forlane, Rigaudon, Menuet) et un oeil tourné vers l’avenir qu’il trace pour la musique du XXème, ouvrant la voie, vous allez l’entendre, à Bartok, Bernstein et tous ses descendants. Pièce à bascule, voici le Tombeau de Couperin.

Pour finir notre parcours dans l’Olympe des musiciens en ce 7 juin, deux figures qui vont transformer notre concert en fête annonciatrice de l’été. 

D’abord, sous la lumière du dieu soleil Manuel-Hélios de Falla et de sa Danse du Meunier, extraite du Tricorne, nos deux harpes muy calientes vont se transformer en guitares flamenco pour réchauffer l’atmosphère.

C’est dans cette ambiance espagnole que va se déployer l’énergie de notre dernier dieu, Georges-Dionysos Bizet, dieu de la fête et des chaudes soirées andalouses, descendu des remparts de Séville pour nous enivrer de musique. Avec lui, vous êtes pris d’une irrépressible envie de chanter les airs et de danser les rythmes diaboliques de la célébrissime Carmen, dont voici une Suite Fantaisie, brillante et bruyante pour dire au revoir, et merci !

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